Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716).

Kant reconnaîtra dans une lettre à Moses Mendelssohn datée du 8 avril 1766 que cet intérêt pour cet " illuminé " suédois a pu paraître bizarre à plus d'un contemporain : " Je ne sais si, en parcourant ce texte composé en assez grand désordre (Kant parle ici des Rêves d'un visionnaire qu'il vient d'adresser à son ami), vous avez remarqué quelque signe de la répugnance avec laquelle je l'ai écrit. Car, par une enquête curieuse sur les visions de Schwedenberg (l'erreur d'orthographe de Kant s'explique peut-être par le fait que les ouvrages du suédois, introduits en Allemagne par Oetinger, n'étaient guère accessibles et circulaient surtout oralement), effectuée auprès des personnes qui avaient eu l'occasion de le connaître lui-même, comme aussi par le moyen de quelques correspondances, et enfin en me procurant ses oeuvres, j'avais autrefois donné beaucoup à jaser ".

On voit donc bien que la prudence de Kant à l'égard de Swedenborg s'explique bien par la peur du ridicule : cette crainte sera même à la source de ses formules les plus sévères concernant le visionnaire puisqu'il évoquera son égarement, sa démence, ses arguties absurdes..., voulant bien éviter à tout prix de souffrir lui-même de sa mauvaise réputation.

Néanmoins, l'ambition de Swedenborg n'a jamais paru sans intérêt à Kant, ce dernier estimant que le philosophe doit réfléchir sur toute chose afin de découvrir les raisons de l'illusion et de l'erreur (ce sera d'ailleurs le projet de la Dialectique transcendantale dans la Critique de la raison pure). Il loue parfois Swedenborg en des termes que l'on a du mal à croire tout à fait ironiques : en ce qui concerne les récits fantastiques, Kant déclare dans l'avant-propos des Rêves d'un visionnaire qu' " il y a autant de sotte prévention à ne rien croire [...] qu'à tout croire, sans examen ", avouant qu'il ne va pas" jusqu'à refuser absolument toute vérité aux diverses histoires d'esprits ". Bien au contraire, il met " en doute chacune d'elles en particulier, tout en accordant quelque crédit à toutes prises ensemble ".
Au reste, dans les huit volumes publiés à Londres, Swedenborg déclarait avoir seulement développé en lui un sens que possèdent tous les hommes ; Kant rappelle ce trait qui lui paraît mériter examen car, à en croire Swedenborg, " tous les hommes [...] sont au même titre intimement liés au monde spirituel ".

Christian Freiherr von Wolff (1679-1754).

 Extrait n° 11 : " on reviendra toujours à la métaphysique, comme à la bien-aimée avec laquelle on s'était brouillée "

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