"J'ai peu à dire sur Mlle Herbert. J'avais donné franchement mon sentiment sur certaines de ses actions à des amis de Vienne et me suis par-là brouillé avec elle au point qu'elle ne veut plus me parler ; je serais une personne qui ne juge que d'après la sagesse du monde et n'aurais pas de sentiment pour ce qui est juste et bon selon une morale seulement individuelle. Je ne sais pas si son état s'est amélioré depuis. Elle a échoué sur l'écueil que j'avais évité sans doute plus par chance que par mérite : l'amour romantique. Elle s'est donnée à quelqu'un pour réaliser un amour idéal, et cette personne a abusé de sa confiance ; et elle a à nouveau déclaré un amour semblable à un second amant. C'est là la clé de sa lettre. Si mon ami Herbert était plus délicat, je crois qu'on pourrait encore la sauver. En gros son état d'esprit actuel est le suivant : son sens moral est totalement séparé de l'ordre du monde, et s'est pour cela lié à la sensibilité plus fine de l'imagination. Cet état d'esprit a quelque chose qui me touche, et je plains davantage de telles personnes que les vrais fous. Hélas, il arrive souvent que des personnes n'échappent à leurs élans fantasques et à la superstition qu'en s'abandonnant à la sensiblerie, à la présomption, aux illusions du rêve (à la ferme résolution de réaliser les chimères qu'elles prennent pour des idéaux) tout en s'imaginant qu'elles servent en cela la cause de la vérité."